À l’heure où l’intelligence artificielle s’invite dans les foyers et où le smartphone s’impose comme un incontournable, les Français naviguent dans un univers numérique aux contrastes souvent méconnus. En 2025, si une large majorité d’entre eux possède un smartphone, l’illectronisme tou- che encore près de 7 % de la population. Derrière ces chiffres se cachent des réalités complexes : des générations différentes, des niveaux d’éducation disparates et des inégalités sociales qui s’entrecroisent pour dessiner un tableau hétérogène de l’appropriation du numérique. Malgré l’accès massif aux technologies, les compétences digitales restent fréquemment basiques, et la maîtrise de certains aspects essentiels comme la protection des données ou l’utilisation de logiciels fait défaut à un nombre significatif d’utilisateurs. Paradoxalement, l’intelligence artificielle générative conquiert rapidement les jeunes, notamment les étudiants, qui s’en servent majoritairement pour leurs études, tandis que les plus âgés demeurent éloignés de ces avancées. Cette fracture numérique, bien plus qu’un simple décalage technologique, reflète des enjeux de société profonds liés à l’inclusion numérique et à l’alphabétisation digitale. C’est en analysant ces usages et ces compétences que se dessine une image fidèle du rapport complexe des Français au numérique aujourd’hui.
Illectronisme en France : un défi persistant malgré la pénétration du smartphone
En dépit de la forte présence des smartphones, qui équipent 84 % des Français de 15 ans et plus, l’illectronisme reste une réalité préoccupante. Selon l’INSEE, 7 % des personnes âgées de 16 à 74 ans ne disposent pas de compétences numériques suffisamment développées pour utiliser pleinement les outils digitaux. Ce phénomène s’amplifie avec l’âge, touchant particulièrement les 60-74 ans où près d’un sur six est concerné. Cette difficulté est accentuée chez les seniors peu diplômés : jusqu’à 35 % des 60-74 ans titulaires d’un brevet ou moins peinent avec ces compétences numériques.
Les données révèlent que les seniors constituent le cœur de l’illectronisme, un frein majeur à l’accès aux services dématérialisés, notamment administratifs et sanitaires. Si posséder un smartphone est aujourd’hui quasi universel jusque 74 ans, avec un taux d’équipement supérieur à 75 %, cet appareil ne garantit en rien une maîtrise des usages numériques. Toujours selon les enquêtes récentes, près de 7 % des Français restent totalement éloignés de l’internet, non utilisatrices des technologies numériques.
Compétences digitales : entre savoir-faire basique et besoins essentiels mal couverts
Malgré un accès généralisé aux équipements, les compétences des Français en matière numérique demeurent souvent élémentaires. Seulement 35 % de la population affiche un niveau avancé de compétence digitale, tandis que 31 % disposent d’un savoir-faire basique. Fait marquant, même les plus jeunes ne sont pas tous parfaitement à l’aise : parmi les 16-29 ans, seuls la moitié d’entre eux atteignent un niveau avancé.
Ce constat s’explique en partie par des lacunes ciblées dans la protection de la vie privée et l’utilisation des logiciels. Alors que 85 % maîtrisent bien la communication via les outils numériques, seuls 53 % assurent une protection avancée de leurs données personnelles, et un peu plus de la moitié ont une bonne maîtrise des logiciels. Ces compétences inégales traduisent un besoin urgent d’accompagnement dans l’alphabétisation numérique, incontournable pour renforcer l’inclusion numérique de tous les publics.
Intelligence artificielle et usages numériques : une adoption marquée chez les jeunes et les étudiants
L’arrivée massive de l’intelligence artificielle générative dans les pratiques numériques modifie déjà le paysage des usages en France. En 2025, 37 % des Français déclaraient avoir utilisé l’IA générative dans les trois mois précédents, un taux en forte hausse notamment porté par les 16-29 ans pour lesquels elle est devenue un outil de prédilection, avec 73 % d’utilisateurs dans cette tranche d’âge. Les étudiants concentrent même 85 % de ces usages, privilégiant largement l’apprentissage au détriment d’un simple usage personnel.
Pour eux, l’IA se présente comme un levier majeur de la transformation digitale, enrichissant leurs méthodes d’étude et facilitant l’accès à des ressources diversifiées. En revanche, les actifs et les seniors progressent à un rythme plus lent, démontrant que l’intégration de ces nouvelles technologies requiert encore des efforts soutenus en matière de formation et de sensibilisation pour éviter l’aggravation de la fracture numérique.
La maîtrise progressive de l’IA chez les jeunes s’inscrit dans un mouvement plus large d’appropriation digital qui porte sur l’ensemble de la société, bien que confronté à des disparités sociales et générationnelles toujours marquées. Ce constat souligne la nécessité de mettre en place des politiques publiques ciblées, soutenant l’accès aux technologies et l’acquisition des compétences digitales indispensables.
Un équipement numérique large mais inégalement réparti
En France, la quasi-totalité des habitants possède au moins un dispositif numérique, avec une très forte pénétration du smartphone. Pourtant, le niveau d’équipement varie fortement selon le niveau de vie et l’âge. Parmi les familles les plus aisées, plus de 90 % disposent d’un ordinateur alors que ce taux chute à moins de 70 % dans les ménages les plus modestes. En revanche, le smartphone s’impose comme un objet quasi universel, même dans les foyers modestes où il dépasse les 70 % de détention.
L’âge reste un facteur déterminant : au-delà de 75 ans, le taux d’équipement chute drastiquement, avec près d’un tiers ne possédant aucun appareil numérique. Ce décalage souligne l’importance d’une inclusion numérique renforcée pour cette population vulnérable, qui risque de se retrouver exclue de plus en plus d’espaces essentiels de la vie quotidienne connectée.







