Depuis un an, Sarah El Haïry, Haute-Commissaire à l’Enfance, incarne un engagement fort et collectif pour protéger les enfants dans un monde profondément transformé par la technologie. Cette institution nouvelle, qui célèbre son premier anniversaire, a déjà lancé des chantiers essentiels : santé mentale, lutte contre les violences, éducation numérique et cybersécurité enfantine. Dans un contexte où près d’un enfant sur deux est actif sur les réseaux sociaux avant 13 ans et où les dangers numériques se diversifient, la voix de Sarah El Haïry sonne comme un appel à la responsabilité partagée. De la régulation européenne aux pratiques quotidiennes des familles, elle invite à bâtir ensemble un écosystème numérique qui respecte pleinement les droits de l’enfant et leur sécurité en ligne.
Au cœur de son action, la Haute-Commissaire refuse de cloisonner les problématiques de l’enfance. Car l’expérience d’un enfant est une mosaïque où famille, école, santé et numérique s’entrelacent. C’est par cette approche transverse qu’elle vise à réconcilier protection et innovation, en insistant particulièrement sur la nécessité d’intégrer la protection dès la conception des outils numériques, selon le principe du « child safe by design ». La question des réseaux sociaux est ainsi revisitée avec l’ambition d’une législation protectrice, mais aussi pragmatique, qui prenne en compte les réalités européennes et les défis du cyberharcèlement. L’ère de l’intelligence artificielle démultiplie les enjeux : elle amplifie des menaces déjà bien présentes tout en offrant des pistes pour mieux détecter et agir. 2026 apparaît donc comme un tournant où la sécurité en ligne des mineurs ne peut plus être l’affaire d’un seul acteur, mais doit devenir une responsabilité collective.
Des missions ambitieuses pour faire de l’enfance une priorité publique transversale
La Haute-Commissaire à l’Enfance s’est vue confier une mission décisive : promouvoir la place des enfants au centre de toutes les politiques publiques. Cette priorité ne se limite pas aux sphères traditionnelles telles que la santé ou l’éducation, mais s’étend au contexte technologique envahissant le quotidien des plus jeunes. Pour Sarah El Haïry, la protection des enfants face à la technologie ne saurait être abordée de manière fragmentée. Elle souligne que les enfants ne dissocient pas leur vie entre « vie numérique » et « vie réelle », ce qui impose aux institutions une approche holistique.
Depuis mars 2025, plusieurs chantiers majeurs ont été ouverts. La prévention des violences faites aux mineurs occupe une place centrale, avec une vigilance accrue sur le repérage précoce des situations à risque dans les familles. À cela s’ajoute une réponse urgente à la crise de la santé mentale chez les jeunes, exacerbée par les bouleversements sociaux et technologiques récents. Enfin, comprendre et accompagner le rapport des enfants aux écrans et aux réseaux sociaux est devenu impératif. Plutôt que de diaboliser, la volonté est d’éclairer ces usages, d’instaurer des pratiques plus équilibrées, et surtout d’étendre les dispositifs de protection pour réduire les expositions inadaptées.
Une régulation nécessaire face à un numérique encore peu protecteur
Les plateformes numériques, conçues majoritairement sans prise en compte spécifique des besoins des enfants, exposent ces derniers à de nombreux risques. Notamment, l’accès facile à des contenus choquants demeure un problème majeur. En effet, malgré des mesures pour vérifier l’âge sur les sites pornographiques, un tiers des visiteurs de ces plateformes étaient des mineurs avant l’instauration de ces règles. La Haute-Commissaire souligne que la sécurité en ligne ne peut pas s’arrêter à quelques sites identifiés mais doit s’appliquer globalement, y compris sur les réseaux sociaux « traditionnels » où des vidéos choquantes circulent encore, parfois à la portée d’enfants très jeunes.
Cette difficulté reflète une conception initiale du numérique qui ne place pas la protection des mineurs au premier plan. Pour remédier à cela, Sarah El Haïry milite pour un renforcement de la régulation, à la fois dans ses obligations et sa supervision, mais aussi pour une gouvernance européenne cohérente. Le développement rapide d’applications et de plateformes implique une vigilance constante et des dispositifs adaptés, car chaque nouveau service utilisé par des enfants doit intégrer la sécurité en ligne dès sa création.
Interdire les réseaux sociaux avant 15 ans : un pas vers un encadrement renforcé
Une des mesures emblématiques portée par l’institution est l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Initiée sous l’impulsion présidentielle et incarnée par des parlementaires engagés, cette proposition de loi a traversé différentes étapes, notamment un débat intensif au Sénat. Ce dernier a différencié les plateformes selon leur impact sur l’épanouissement des enfants, en édictant un régime d’accès strict ou conditionnel.
Ce débat met en lumière deux tensions majeures : d’une part l’inadéquation des législations nationales au cadre européen, avec le risque de non-conformité ; d’autre part, la complexité du rôle parental dans ce contexte technologique. En effet, demander aux parents d’autoriser ou d’interdire l’accès peut s’avérer insuffisant face à un monde numérique hyperconnecté et parfois addictif. Sarah El Haïry prône un compromis utile qui ne délègue pas trop la responsabilité aux familles, tout en espérant un texte final protecteur et clair, susceptible de faire avancer significativement la sécurité en ligne des mineurs.
L’intelligence artificielle, double tranchant pour la protection des enfants
L’essor de l’IA s’accompagne d’une augmentation sensible des risques : diffusion de contenus illégaux générés à la demande, deepfakes, cyberharcèlement intensifié. Les scénarios de sextorsion ou d’exploitation prenant appui sur ces technologies inquiètent particulièrement les autorités. Sarah El Haïry expose ces dangers tout en soulignant les opportunités offertes par l’IA, notamment en matière de détection précoce des contenus illicites ou de repérage automatisé des comportements à risque.
Pour elle, l’IA ne doit pas être rejetée mais utilisée en symbiose avec la cybersécurité enfantine. L’investissement massif des plateformes dans l’intelligence artificielle pour des usages commerciaux pourrait être orienté davantage vers la prévention et la sécurité grâce à des technologies de pointe. Le défi est alors de définir quel type d’IA on souhaite pour les enfants, celle qui les protège et leur permet de naviguer sereinement dans l’univers numérique.
Face au contournement des règles : une mobilisation permanente et sans relâche
La réapparition de sites illégaux comme Coco illustre poignamment les limites des dispositifs actuels. Pourtant, la réaction rapide de la Haute-Commissaire, qui a saisi les autorités compétentes, montre que la vigilance ne faiblit pas. Ce combat contre les réseaux permettant des contacts dangereux entre adultes et mineurs est un vrai défi.
Chaque fermeture de site est une victoire symbolique, mais aussi un signal d’alerte rappelant la nécessité d’une mobilisation collective et soutenue. Sarah El Haïry insiste sur la nécessité d’un engagement sans compromis, car l’inaction coûterait trop cher aux enfants vulnérables. Le chemin est fastidieux, mais la détermination est sans faille.
Vérification d’âge : combiner efficacité et respect de la vie privée
La vérification d’âge demeure un pilier stratégique pour empêcher l’accès des mineurs à des contenus inadaptés. Cependant, ce dispositif soulève des questions éthiques importantes. L’enjeu est de protéger les enfants sans compromettre leur vie privée ni exposer leurs données sensibles.
La solution avance avec le lancement d’une application européenne harmonisée, proposée comme un standard sécurisé, facile à utiliser, et respectueux des libertés individuelles. Cette innovation promet de générer un cadre fiable et acceptable techniquement et juridiquement pour l’ensemble des utilisateurs, renforçant ainsi la prévention dans l’accès aux réseaux sociaux et autres plateformes numériques.
Une responsabilité collective pour une chaîne de protection renforcée
Sarah El Haïry insiste sur le fait que la protection des enfants appartient à tous : régulateurs, grandes plateformes, parents, associations et pouvoirs publics. Chacun doit jouer son rôle spécifique et agir de concert pour créer un environnement numérique plus sûr. Alors que les plateformes sont soumises à des obligations légales strictes au titre du DSA et de la loi SREN, les parents, souvent en quête de repères, attendent des outils d’accompagnement clairs.
Pour cela, la Haute-Commissaire a lancé « Les Clés de l’Enfance », un guide progressif qui offre aux familles des conseils adaptés à chaque tranche d’âge. Ce travail, qui s’inscrit dans une dynamique collective, tente d’aborder la question numérique au sein des familles, pour que le dialogue s’instaure naturellement et que l’éducation numérique devienne un réflexe.
Intégrer la protection dès la conception : le défi du « child safe by design »
Au-delà des interdictions, Sarah El Haïry plaide pour un changement de paradigme technologique. La protection ne doit plus être une correction après coup, mais un principe fondamental dès la conception des outils numériques. Cette démarche implique :
la suppression des algorithmes addictifs, la restriction du scroll infini, l’élimination des fenêtres automatiques ou des stratégies de manipulation (dark patterns). L’ambition est claire : redonner aux enfants une liberté d’action et préserver leur santé mentale pour qu’ils restent acteurs de leur expérience numérique.
Ce concept ouvre la voie à une innovation responsable, où le numérique devient un véritable levier d’émancipation plutôt qu’un piège. Il influe profondément sur la manière dont les équipes produit doivent penser leurs applications, en conciliant performance, éthique et bien-être.






