Dans une petite entreprise, le numérique ne ressemble pas à un grand plan de transformation : il s’installe par touches, entre un logiciel de facturation, une page web et un assistant d’intelligence artificielle. Le baromètre France Num 2026 révèle pourtant un changement d’échelle. Quatre TPE et PME sur dix utilisent désormais au moins une solution d’IA, tandis que la confiance dans les bénéfices du numérique recule. L’élan technologique est bien là, mais il ne suffit plus à convaincre tous les dirigeants.
Réalisée par le Crédoc et le Centre Relations Clients auprès de 9 655 entreprises de 0 à 249 salariés, l’enquête dessine un paysage contrasté : les usages progressent, les budgets numériques se resserrent et les risques informatiques restent très concrets. Pour suivre ces mouvements, imaginons l’Atelier Lenoir, une petite entreprise fictive qui doit choisir entre améliorer sa visibilité, sécuriser ses outils et expérimenter l’IA. Les dix indicateurs clés du baromètre éclairent les arbitrages auxquels elle — et bien d’autres structures — fait face. Ils racontent moins une révolution uniforme qu’une transformation numérique à plusieurs vitesses.
Intelligence artificielle : les usages accélèrent dans les TPE et PME
1. L’IA est utilisée par 40 % des entreprises
En 2026, 40 % des TPE et PME déclarent utiliser au moins une solution d’intelligence artificielle, contre 26 % en 2025 et 13 % en 2024. L’adoption a donc triplé en deux ans, même si les petites structures ne suivent pas toutes le même rythme. Chez les PME, le taux est passé de 34 % à 53 % en un an, tandis que le baromètre ne donne pas de chiffre distinct pour les TPE.
Les écarts sectoriels restent marqués : 72 % des entreprises du numérique utilisent ces outils, contre 18 % dans l’agriculture, où la proportion a toutefois doublé en un an. À l’Atelier Lenoir, une IA pourrait par exemple aider à rédiger une première version de descriptions de produits, sans remplacer la relecture humaine. La progression est nette, mais elle ne signifie pas que chaque entreprise a déjà trouvé un usage utile à son activité.
2. La création de contenus domine les usages déclarés
La génération de textes, de voix ou d’images est l’usage le plus répandu : 34 % des TPE et PME la citent, soit 12 points de plus qu’en 2025. Les chatbots, assistants et outils de recherche d’informations suivent à 24 % (+10 points). L’analyse de documents concerne 13 % des entreprises, l’automatisation des tâches 11 % et l’analyse de données ou l’optimisation des ressources 9 %.
Au total, 19 % des entreprises utilisent une solution d’IA payante ; la part monte à 32 % chez les PME. Parmi les entreprises utilisatrices, 68 % jugent son impact positif, et ce taux atteint 84 % parmi celles qui paient leurs outils. Le baromètre observe cette différence sans établir de lien de cause à effet : pour l’Atelier Lenoir, l’enjeu reste donc de mesurer concrètement le temps gagné et la qualité obtenue.
Numérique des TPE et PME : une confiance qui s’érode
3. 71 % des dirigeants voient un bénéfice réel au numérique
La majorité des dirigeants reconnaît l’intérêt du numérique, mais l’adhésion recule : 71 % estiment qu’il apporte un bénéfice réel à leur activité, soit 7 points de moins qu’en 2025. Chez les TPE, la baisse atteint 8 points. Les PME résistent davantage, avec 83 % de dirigeants convaincus, un recul limité à un point.
Le mouvement touche tous les secteurs détaillés par l’étude. Dans l’agriculture, seuls 52 % des dirigeants perçoivent un bénéfice réel, et le transport-logistique affiche 60 %, après une baisse de 10 points dans chacun de ces secteurs. Pour une petite entreprise, ces chiffres rappellent qu’un outil ne vaut pas par sa nouveauté, mais par sa capacité à résoudre un problème quotidien.
4. La visibilité en ligne reste un socle largement installé
En 2026, 83 % des TPE et PME disposent d’au moins une solution de visibilité en ligne, un point de moins qu’un an auparavant, et 64 % possèdent un site internet. Cette présence constitue souvent la première porte d’entrée pour de nouveaux clients. Pour l’Atelier Lenoir, une page à jour, des horaires fiables et des coordonnées faciles à trouver peuvent compter autant qu’une campagne coûteuse.
La présence numérique ne se transforme pas automatiquement en chiffre d’affaires. Seules 17 % des entreprises réalisent plus de la moitié de leurs ventes en ligne, tandis que la proportion proposant une vente ou un paiement en ligne recule à 34 %, soit trois points de moins. La vitrine est donc largement ouverte ; le passage à l’achat, lui, demeure un chantier distinct.
Ces indicateurs invitent à distinguer visibilité, vente et efficacité opérationnelle. Une entreprise peut être trouvée sur internet sans disposer d’un parcours d’achat fluide, ou utiliser des logiciels sans en percevoir immédiatement les effets sur sa rentabilité. Le prochain enjeu se joue dans la protection des outils et des données qui soutiennent cette activité.
Cybersécurité et protection des données : des menaces très concrètes
5. 39 % des entreprises ont subi un incident de cybersécurité
Près de quatre TPE et PME sur dix, soit 39 %, déclarent avoir connu au moins un incident de cybersécurité au cours des douze derniers mois. L’hameçonnage arrive en tête : il concerne 18 % des entreprises. Un message imitant un fournisseur ou une demande de paiement pressante peut ainsi devenir un risque informatique majeur, même dans une structure sans service informatique dédié.
Dans 65 % des cas, l’incident a été résolu en interne. Cette capacité de réaction est précieuse, mais elle peut aussi masquer le coût du temps consacré à rétablir les accès, vérifier les comptes ou prévenir les clients. Pour l’Atelier Lenoir, une procédure simple — qui contacter et comment isoler un poste suspect — peut faire la différence au moment où chaque minute compte.
6. 84 % ont déployé au moins une mesure de sécurité
La part des entreprises ayant mis en place au moins une mesure de cybersécurité atteint 84 %, stable par rapport à l’année précédente. L’authentification multifacteur est la seule mesure à progresser, avec 39 % d’entreprises équipées, soit sept points de plus. Cette protection ajoute une vérification à la connexion et complique l’accès aux comptes en cas de mot de passe volé.
La stabilité du chiffre global ne signifie pas que les défenses sont suffisantes pour chaque organisation. Une entreprise qui protège ses comptes mais néglige les sauvegardes peut rester vulnérable à une panne ou à un logiciel malveillant. La protection des données se construit donc par plusieurs gestes complémentaires, adaptés aux outils réellement utilisés.
Compétences, données et investissements technologiques
7. 76 % des TPE et PME exploitent leurs données
Trois quarts des entreprises interrogées, soit 76 %, utilisent leurs données pour piloter leur activité, un point de plus qu’en 2025. Les logiciels de gestion ou de relation client, ERP et CRM, sont mobilisés par 51 % d’entre elles. Le tableur reste toutefois un outil central, utilisé par 44 % des répondants.
Cette combinaison peut suffire pour suivre les ventes, les stocks ou les factures, à condition que les informations soient fiables et à jour. Dans une entreprise fictive comme l’Atelier Lenoir, un simple tableau des commandes peut révéler les périodes de forte activité ; un CRM peut ensuite aider à organiser les relances. Le vrai progrès ne tient pas forcément à l’outil le plus sophistiqué, mais à la décision qu’il permet de prendre.
8. Les compétences numériques déclarées reculent à 66 %
En 2026, 66 % des TPE et PME estiment disposer des compétences numériques nécessaires, quatre points de moins qu’un an plus tôt. Le recours à des prestataires externes chute lui aussi, à 27 %, soit dix points de recul. En parallèle, 21 % des entreprises ont suivi une formation au numérique en 2025, un point de plus qu’en 2024.
Le contraste est frappant : les outils évoluent vite, alors que le soutien extérieur et le sentiment de maîtrise s’affaiblissent. Une formation courte sur la facturation électronique ou la cybersécurité peut parfois répondre à un besoin immédiat, sans immobiliser toute une équipe. Pour tirer parti des investissements technologiques, les compétences doivent avancer au même rythme que les usages.
La connexion constitue un autre prérequis à cette montée en compétences. L’accès au très haut débit facilite la sauvegarde, les échanges avec les prestataires et le travail sur des logiciels en ligne, mais il ne garantit pas à lui seul une adoption efficace. Reste à observer comment les entreprises équilibrent équipement, sobriété et dépenses.
Budgets numériques en 2026 : des projets nombreux, des moyens comptés
9. 87 % des entreprises sont raccordées à la fibre
La fibre optique équipe désormais 87 % des TPE et PME, soit 14 points de plus qu’en 2024. L’écart entre territoires est faible : 88 % des entreprises en zone urbaine sont raccordées, contre 85 % en zone rurale. Ce rapprochement réduit l’un des obstacles historiques à l’usage de services numériques, sans effacer les différences de compétences ou de moyens.
Les choix d’équipement reflètent aussi des préoccupations de proximité et de durabilité. Au total, 84 % des répondants préfèrent un prestataire de services numériques français ou européen, dont 42 % privilégient un acteur local ; cette dernière proportion a perdu 14 points depuis 2023. Par ailleurs, 57 % recyclent leur matériel ou achètent des équipements reconditionnés, un point de moins qu’en 2025.
10. 33 % n’ont rien dépensé pour le numérique en 2025
Hors formation et recrutement, 33 % des TPE et PME n’ont consacré aucune dépense au numérique en 2025, soit huit points de plus qu’auparavant. La part de celles qui ont investi plus de 1 000 euros baisse à 37 %, en recul de cinq points. Pourtant, 78 % annoncent des projets numériques pour 2026 et 2027 : l’écart entre ambitions et budgets disponibles est manifeste.
La facturation électronique arrive en tête des priorités, citée par 39 % des entreprises, en hausse de 11 points ; son obligation de réception concerne toutes les entreprises depuis le 1er septembre 2026. L’achat de logiciels recueille 26 % des réponses, la formation 21 % et l’achat de matériel 19 %. L’intelligence artificielle, malgré sa forte progression d’usage, ne figure qu’à 18 % des priorités, en dernière position et en baisse d’un point : les besoins réglementaires et opérationnels passent d’abord.
Le baromètre France Num 2026, publié par la Direction générale des Entreprises, repose sur des entretiens en ligne et par téléphone menés du 23 mars au 18 avril 2026 auprès de 6 786 TPE et 2 869 PME, dont 799 entreprises sans salarié. Ses résultats complets sont disponibles auprès de France Num. Pris ensemble, ces chiffres dessinent une réalité moins spectaculaire qu’un grand basculement : dans les petites entreprises, le numérique progresse lorsque ses bénéfices sont compréhensibles, finançables et sécurisés.







